Lien vers un document interneLe khat, entre drogue et tradition

Cultivé en Afrique de l'Est et dans la péninsule arabique depuis l'Antiquité, le khat (ou qat) y est consommé de manière rituelle et ancestrale pour ses feuilles et ses tiges qui contiennent un psychotrope léger. Pour l'ingérer, on mâche les feuilles jusqu'à en faire une boule qu'on garde ensuite dans la bouche, afin d'en extraire le jus.

Yémen: cultures de khat en terrasses

Yémen: cultures de khat en terrasses

Les effets du khat varient d'une personne à l'autre: euphorie, effet stimulant ou coupe-faim, tout dépend. Selon Michel Graf, directeur de l'institut suisse de prévention de l'acoolisme et autres toxicomanies (ISPA), «ses effets ne peuvent être considérés comme un grave danger pour la santé publique».

Par de nombreux aspects, la consommation du khat ressemble à celle de la feuille de coca: même mode d'ingestion, même type d'effets et même origines ancestrales. Toutefois, dans la plupart des pays européens (y compris la Suisse), le khat est considéré comme un stupéfiant. Son trafic et sa consommation – tous deux en constante augmentation – sont donc punissables, comme pour n'importe quelle autre drogue.

En 2005, les douanes helvétiques en ont pourtant saisi plus de 1'300 kilos, principalement transportés par des passeurs somaliens. Dans leur pays, en 1983, le président Siyad Barré a bien essayé d'en interdire la consommation par un décret de loi. Mais la contrebande avait alors remplacé la vente légale. Quant à la loi, jamais respectée, a été abolie en 1990 sous les vivats de la population.

Le dilemme du Yémen
Au Yémen, réputé pour produire un khat de très grande qualité, on estime que 80% des hommes et 50% des femmes «broutent» ces feuilles qu'on peut acheter librement sur certains marchés. Là-bas, sa consommation a donc des implications sociales et économiques importantes.

Sociales d'abord car le khat est une occasion de se réunir dont on profite pour parler sans fin. Au fil du temps, ces réunions ont pris tellement d'importance que, dans les maisons traditionnelles, une pièce équipée de grands coussins y a été dédiée.

Les implications économiques, elles, sont plus complexes. La culture du khat permet en effet à de nombreux yéménites d'avoir un revenu et, même s'il est difficile à estimer, son marché se chiffre annuellement en dizaines de millions de dollars.

Pourtant, Ali Abdallah Saleh, Président de la république, a fait de la réduction de la consommation du khat un de ses cheval de bataille. Pour ses détracteurs en effet, le khat a un effet désastreux sur la société. En 2000, on estimait ainsi que 15 millions d'heures de travail étaient gaspillées quotidiennement à cause des petites feuilles vertes.

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