Lien vers un document interneComment surfer sans risques

Les dangers existent. Les bons outils aussi. Mais tout le monde le dit: les filtres ne suffisent pas. Que ce soit du côté d'Action Innocence, une organisation non gouvernementale spécialisée dans la question, ou de celui des informaticiens. Il faut parler.

Le plus important reste l'explication

Le plus important reste l'explication

Le constat est amer. Action Innocence, ONG suisse visant à «préserver la dignité et l'intégrité des enfants sur Internet», l'affirme: les contenus violents, pornographiques ou pédophiles de la Toile sont en augmentation constante. Pour Tiziana Bellucci, directrice de l'association, «le danger vient de partout». Si les pédophiles restent une menace, ils ne sont plus seuls. Les adolescents eux-mêmes sont parfois à l'origine d'affaires criminelles.

Tiziana Bellucci cite notamment l'exemple romand de cette jeune fille qui, croyant avoir rendez-vous avec un garçon de son âge rencontré sur le web, s'est retrouvée en présence de quatre jeunes à peine plus âgés qu'elle, et s'est fait violer. Une affaire qui n'est pas sortie dans la presse, mais pour laquelle une enquête est en cours.

Autres types de problèmes rencontrés: les blogs contenant des images violentes ou des propos injurieux, les webcams devant lesquelles on demande à de très jeunes filles de se déshabiller, les chatrooms aux discussions très crues.

Sensibiliser plutôt qu'interdire
Il est impensable de brider une industrie (la pornographie en ligne) qui, selon une étude de Family Safe Media parue en janvier 2006, rapporte chaque année 12 milliards de dollars US. Tout comme il semble illusoire et faux d'interdire aux jeunes l'accès à un média dont la popularité est en passe de dépasser celle de la télé.

Par contre, «il est tout à fait possible de sensibiliser les enfants aux problématiques liées à internet et d'empêcher qu'ils accèdent aux contenus inappropriés», affirme Tiziana Bellucci. Rien de tels que le dialogue et l'éducation, que ce soit avec des ados ou des enfants.

Tiziana Bellucci recommande aux parents «de parler du net et de développer le sens critique» de leurs enfants «dès qu'ils utilisent le réseau», quel que soit leur âge. Elle conseille également de ne pas occulter des choses qu'«ils verront un jour ou l'autre» et d'«installer l'ordinateur dans une pièce commune».

Une obligation toutefois: se mettre à niveau avec l'outil Internet car, très souvent, les parents sont technologiquement «largués». Aux enfants, elle demande systématiquement de signaler (à un adulte de confiance) une image ou un propos qui les aurait choqués.

Solutions technologiques
Outre les conseils généraux ayant trait à l'éducation, il existe aujourd'hui une série d'outils informatiques visant à protéger les enfants qui naviguent sur le net.

Il existe quatre types de logiciels visant à protéger les enfants sur le web. Chacun d'eux comporte ses avantages et ses inconvénients.

Stefano Pennese, étudiant à l'EPFL, a réalisé un de ces outils de «contrôle parental» en parallèle à ses études. Ce projet, choisi parmi d'autres parce qu'il était à la fois «réalisable et intéressant», a nécessité le travail de dix personnes pendant un an. Durant cette période, Stefano Pennese s'est d'abord chargé de l'animation graphique, puis de la gestion d'une équipe.

Le résultat: eye.KIDZ, un «browser» (navigateur) équipé d'un filtre à contenu et considéré comme très performant lors de tests indépendants. Cet outil permet à l'internaute de surfer sur le web alors que le navigateur «scanne» le contenu des sites pour en autoriser (ou non) l'affichage. Les sites passés en revue sont ensuite placés dans une base de données et classés en deux catégories: accessibles ou pas.

Prévention parentale
Le point commun de tous ces outils informatiques: ils ne suffisent pas à rendre internet inoffensif pour les enfants. Certains logiciels analysent par exemple le contenu sémantique des sites. Or, dans la pornographie, les textes ne sont pas toujours légion. Autre cas de figure non prévu: l'utilisation d'une webcam.

Stefano Pennese rejoint le constat d'Action Innocence: «Aucun outil de protection ne remplace la prévention parentale» affirme-t-il. Pour le jeune informaticien, «il faut guider les enfants lors de leurs premiers pas sur internet, explorer le terrain avec eux». Car, de toute façon, «le contenu du réseau est difficile voire impossible à contrôler. Et rien n'empêche les sites pornographiques ou violents d'exister.»

Ces outils «ne sont là que pour épauler les parents dans leur tâche, c'est tout.» En résumé: rester à la page, choisir un filtre performant et parler. Trois clés permettant aux parents de laisser leurs enfants partir en sécurité sur les chemins d'internet. (Franck Sarfati – 21.09.06)

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