Une douzaine d'élèves de 1P – 2P (six, sept ans) sont réunis autour d'une grande table. Isabelle Chattenoud, enseignante et directrice de l'école, est assise avec eux. La séance commence par une lecture, à tour de rôle, de l'ouvrage qui sert de support à ce cours. Il s'agit d'«Elfie», un livre de Matthew Lipman écrit spécialement à cet effet.
Tans pis pour le protocole
Normalement, cette lecture sert à définir les thèmes qui serviront de base à la discussion. Seulement voilà, un des élèves rappelle aux autres que, la dernière fois, ils avaient prévu de traiter deux thèmes: «mon corps» ou «la logique». Après concertation, c'est ce dernier sujet qui est choisi, tant pis pour le protocole.

Edwin: concentration maximum
Isabelle demande alors à la «communauté de recherche» d'imaginer une phrase qui explique par l'exemple ce qu'est la logique. Même pour un adulte, c'est un concept bien abstrait. Alors que va trouver à dire un gamin de sept ans?
Ça démarre
Pourtant, très vite, les propositions arrivent. «S'il y a un pont, on peut en tomber». Pas mal. «Il y a des étoiles, donc je suis dehors». Bien aussi, ça. Les enfants participent facilement, on sent qu'ils n'ont pas de pression. L'enseignante, elle, s'arrête sur les points conflictuels ou recadre la discussion.
Malgré ses interventions, la pression monte, tout le monde parle en même temps et Isabelle est obligée de reprendre en main la situation. Elle propose alors deux phrases: «Je prends mon parapluie donc il pleut», «Il pleut donc je prends mon parapluie» et demande aux élèves laquelle est logique et pourquoi. Un ange passe…
Esprit de contradiction
Après quelques instants d'hésitation, les échanges reprennent. Certains peinent à faire la différence entre les deux propositions. Au lieu de se charger de l'explication, Isabelle en laisse le soin aux enfants. Même s'ils ont du mal à exprimer leurs idées, les élèves essaient et les réponses se précisent, à force d'arguments et surtout de contre-arguments, dont ils sont particulièrement friands.
Et puis, tout d'un coup, c'est l'heure. Le temps a littéralement filé et les élèves, d'habitude si prompts à se lever de leur chaise, semblent un peu «scotchés». Ils finissent tout de même par ramasser leurs affaires et s'en vont un à un. En partant, l'un deux se plaint d'avoir été tapé par son voisin. Isabelle se tourne vers le fautif et lui dit: «Ça par exemple, c'est pas logique.» Dont acte. (FS)



